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poetry

Partance
- passion

Les jours déjà n'ont plus de nombre:
cela fait des années que je songe
qu'il me faudra une fois
partir d'ici et, dans la contrainte,
"saluer pour la dernière fois
l'Alexandrie qui s'éclipse".

       
Le brouillard se lève au-dessus des vallées
        le pressentiment devient réalité
        la peur se matérialise:

        on devine une gorge, un gouffre obscur
        urne pittoresque
        un lynx féroce se dessine sur les hauteurs
        orphelin, mais imposant
        insolemment beau ou, dirais-je,
        mortellement joli

        seul son rugissement nous frappe
        droit au visage
        partout alentour
        moi et toi, mon fils
        il nous frappe, meurtrier, parricide
        et pourtant frêle
        on pourrait presque l'écraser
        le faire disparaître à notre place
        il suffirait de hocher la tête
        de sceller la bouche
        il suffirait d'un coup de pinceau
        d'une mince pellicule de peinture
        d'une couche de mortier
        il suffirait juste de se réveiller d'un profond sommeil
        
        mais il n'y a pas de réveil
        il n'y a pas de retour, et tu n'es plus,
        toi, ma Jeunesse

seul un rêve fantasque, un mot, un toucher
seul une tardive recherche de ce qui fut perdu
peut te faire revivre comme monde-
mais littéraire
l'ombre de l'ombre
"ce qui était, sera"
mais toi, tu ne reviens pas
je suis seule à jouer
et dans le ravissement et dans le désespoir
car rien n'a cette puissance
et un tel temps n'est pas
ni une telle vie
il n'y a pas de renouvellement
de douce proximité et de béatitude

pourquoi n'y a-t-il pas
loin d'ici ces chers objets
le fleuve et la montagne
le lac et lesparfums
et quand il y en a

pourquoi tout n'est-il que cantharion rouge
d'ici à l'avenir
rien que cette herbe médicinale mais amère
sécable, lave vivante
et tout est erreur
et il n'est pas de réconciliation
et l'autre est autre, tiers
et tout se comptabilise

alors que tu es l'unique, l'indivisible
grumeau, Jeunesse
corvée et calice, grain de maïs récit
fabuleux
plein de rebondissements et de réminiscences
de divisons et de séparations
de nœuds irrésiliables

ton âme se laisse conduire à travers les ténèbres
du non-savoir au savoir,
tragiquement, ô Aristote –
        pourquoi quelqu'un ne cultive - t- il pas
        l'art de la fugue
        de la fuite, de la migration !

Ô, rassemble les graines éparpillées
à tous les quatre, six, côtés du monde ancestral
quand bien même il te faudrait les leurrer
en leur laissant entendre qu'il y a

où rentrer !

© Katica Kulavkova, 2001-2007.
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