Fleurs salées de Bretagne
1.
Quand la marée montera comme monte la tension
ils sauront l'appâter pour la faire pénétrer dans le continent
comme dans une gorge assoiffée, un utérus lascif
pour l'aspirer, l'engloutir, la
résorber,
- et ils ajouteront de la présure -
pour la faire gonfler,
fermenter, déborder
ils réduiront ainsi en meules de petits grains salés
cela qui était jusqu'alors un farouche, indomptable
infini de promiscuité
l'huile du bas-beurre
piétinée par les vagues
les frêles vrilles de lys
les traces blanchâtres
les minéraux dissous, la
vapeur odorante
l'écume fluide, dents de lait,
minces galets de savon, larves et
planctons...
Ils n'ont besoin que de cela: le surplus distillé, l'extrait cristallisé
–
- ces minuscules pictogrammes lunaires
craquants, superstitieux, vains et capricieux
venus de nulle part
passés par la porte la plus étroite
- la main de l'homme-
comme l'espoir
Le sel se sera imprimé dans les gênes
dans l'accouplement et le sperme
dans le plasma et les larmes
dans le rite et la magie
pas seulement pour nourrir et conserver
mais aussi pour corroder
n'étant lui-même que du temps incarné
absorbant tout ce qui l'effleure, tout ce qui l'aspire
peu à peu, jusqu'au bout!
2.
Que tout soit calme quand surgiront les flocons
raffinés pareils à des femmes dans les méandres, longeant les angles
longeant les algues.
Qu'ils soient divisibles pour ne pas retourner
au stade antérieur, redevenir ce qu'ils étaient:
un immense Tout salé
androgyne: mer-sol...
Le sel migre, toujours en exil, toujours chez lui
polygame, bissexuel, ce sel, cette sel...
sel métaphorique, loquace sans paroles!
irréversible alogie! Schisme codé!
L'eau cependant, loyale, retourne chez elle:
l'océan a l'âme généreuse
d'abord il lui pardonnera
puis il lui indiquera le chemin
- vers les abysses.
