Métamorphoses du mal
Traduit du macédonien
par Harita Wybrands
1. PROLOGUE : TERREUR, SCHISME
Deuxième tableau : Crépuscule des dieux
2. pressentiment du mal
3. Apparitions
4. Métamorphoses du mal
5. MASQUES
6. RITE, MOT MAGIQUE
7. PROVIDENCES
8. EXODE: LA BONNE PENSÉE
8. exode : la bonne pensée
Le Moi lyrique
Ayant compris en tremblant
ce que signifie le mot
d é s i r
ayant compris que les noms
ne sont pas des étiquettes
arbitraires collées
sur les choses
ayant compris
qu’on ne peut ignorer
sans se fourvoyer
la bonne pensée
la bonne parole
que le mot est une réalité transcendante
naissance et mort
magie blanche et noire
douleur et joie,
jouissance et désolation
chemin vers l’autre,
voyage au bout de soi
contact sans contact,
plongée dans le rêve
réincarnation
(« résurrection »),
- je suis devenue quelqu’un d’autre -
la peur s’est évanouie
et aussi, la faiblesse !
Maintenant je peux m’arracher
à ce hoola-hop étroit
à ce cerceau - fausse auréole
à ce plasma de l’impasse
à cette nageoire-éventail,
maintenant je peux choisir
quand se sera le jour
quand la nuit
la vie n’est plus
le tragique amalgame - jour-nuit
maintenant je me déplace librement
moi – et le mot, et l’homme
et l’acte, et le rite
- poussière sacrée
maintenant je dis au mal
arrière, disparais
et,
miraculeusement,
il disparaît pour de bon !
Je dis publiquement :
en ce temps d’infamie
de manoeuvres et de machinations,
- je refuse de suivre !
Vous n’avez qu’à refuser aussi :
Que nul ne soit là pour détruire
nul pour semer
nul pour vendanger !
Et qu’il reste un peu de sens !
Un brin d’esprit, sans quoi
même la mort n’est un remède
au mal !
Le Coryphée
Cela ne sert à rien qu’il soit passé
si un hôte venimeux
une mite maléfique, un ver ravageur
s’est incrusté dans l’âme!
Si nous ne l'avons pas en nous
il disparaîtra autour de nous !
que l'oubli soit,
que le mal ne soit pas !
Le Chœur
- poème final –
Y aura-t-il encore divisons et migrations ?
« Le peuple divisé en - deux
ne sait pas vers qui aller »18 -
rassemble-le,
une poignée de fraises sauvages
lucioles nocturnes renversées
que ta demeure embaume
que l’huile sacrée reluise dans la lampe
que la fumée du spiritus
- se répande sur
la terre natale !
Le Double
- lamento -
Dois-je vieillir
en attendant l'ouverture d'une frontière ?
et mourir enfin
d’une mort insensée ?
Dois-je écouter le boucan étourdissant du silence
et feindre l'ignorance – ni vu ni entendu –
ni complot ni vengeance, rien ni personne,
que le cruel
l’absurde renvoi de la balle.
Est-ce là la mémoire ?
Je quitterais bien, moi aussi,
ce monde où on épie et on tremble !
Mais qui a réussi à se séparer de soi
et comment?
A quoi aurait servi alors cet effort
de joindre les bouts, les morceaux épars ?
Et comment me passer de lumière
dont l’absence rend même l’ombre
invisible,
et comment étancher ma soif ?
Emporter avec soi le croûton
arraché au pain croustillant,
ultime tentative
de tromper la faim de l’âme
insatiable
- elle aussi, irréelle !
Mais ce que je cherche n’est-ce pas un lieu pour la
rêverie
et la chimère ?
Un monde un brin ontemplatif
et non seulement
familier et nu !
La pupille qui voit
à travers la brume et le voile
devant et derrière
dans le cercle élégiaque
n'est-elle pas préférable,
- ô ma très douce -
au mot aveugle
amer
dans la haine
et laid ?
Et, sous le mot, l'antique mais
infaillible
couperet
- stigmate
de la généalogie?
[18]
Virgile : Enéide